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Lalili, une Jaccédeuse pleine d'énergie

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Evaluatrice pour Tourisme et Handicap et conseillère en matière d’accessibilité dans sa ville, Lalili est aussi une « Jaccédeuse » motivée et motivante que nous voulions vous présenter.

Jaccede : En regardant vos fiches sur Jaccede.com, nous avons vu que vous sortiez, voyagez beaucoup. Comment cela se passe ?

Lalili : ça fait 35 ans que je suis en fauteuil. J’avais 19 ans et je vais en avoir 54 . J’ai beaucoup voyagé plus jeune, je reste maintenant plus dans ma région et je vais aussi dans un village en Savoie où je fais du ski. J’ai beaucoup voyagé à un moment où il n’y avait rien d’accessible. Je me rappelle de la première fois où je suis allée en Angleterre en 1974, où j’ai vu pour la première fois des toilettes publiques accessibles en fauteuil. Ça m’avait bluffé ! Je n’en avais jamais vu en France...

Vous êtes évaluatrice pour Tourisme et Handicap. Comment avez-vous connu ce label ?

C’est vraiment quelque chose auquel je tiens. Il y a 3 ans en me baladant dans ma ville, j’ai rencontré un agent de développement du tourisme du pays d’accueil touristique de ma région. Elle m’a expliqué ce qu’était le label Tourisme et Handicap et elle m’a demandé si je souhaitais m’impliquer. Ça m’a tout de suite intéressée. Ce label donne des informations fiables et c’est très important. Tout le temps où j’ai voyagé, on avait souvent des surprises : des fois c’était la salle de bains, censée être accessible mais une fois sur place il y avait une marche. Maintenant, avec ce label, on n’est sûr de ne pas galérer.

Et en quoi consiste votre mission ?

Je travaille en binôme avec un professionnel du tourisme ce qui permet une complémentarité et une sensibilisation de tous les acteurs privés ou publics. On prend les mesures nécessaires de tout : sanitaires, portes d’entrée, cheminement… Et puis, ce n’est pas forcément notre rôle, mais on fait aussi souvent un travail de conseil. Il y a beaucoup de gens qui veulent faire des gîtes ou des hôtels accessibles mais les architectes ne sont pas forcément sensibilisés à cela alors c’est un peu aléatoire…

Vous êtes aussi conseillère en matière d'accessibilité dans votre ville...

Oui, auprès de la communauté de communes, qui gère la voirie et différents projets de type construction de piscines, réhabilitation de front de mer, de plage, construction d’une école de voile... Il y a quatre ans, je suis allée voir le Président de cette communauté de communes et je lui ai expliqué que je voulais bien le conseiller en matière d’accessibilité. Il a été très content de trouver un handicapé qui s’implique dans la vie collective. Donc j’interviens à titre bénévole dans les comités de pilotage des différents projets et j’arrive à avoir un poids sur l’accessibilité et à faire respecter la loi ( loi sur l’égalité des chances de février 2005). L’avantage d’avoir un handicapé dans les comités de pilotage, c’est aussi de se rendre compte qu’on n’est pas simplement une statistique mais des gens qui vivent comme eux, avec eux. Je pense que les handicapés doivent se mobiliser davantage dans toutes ces instances de pouvoir, auprès des élus… L’accessibilité est un sujet bien trop sérieux pour laisser uniquement ça aux élus et aux architectes. Il faut que les handicapés s’en mêlent mais sans agressivité du tout, en toute convivialité . Il faut oser y aller mais après les élus sont vraiment prêts à vous écouter. Donc pour tous ceux qui ont du temps, c’est un message que je voudrais leur faire passer : au lieu de critiquer, il faut y aller !

Vous êtes aussi très active sur Jaccede.com. Comment avez-vous connu le site et qu'en pensez-vous ?

J’ai entendu Thierry Lhermitte en parler au Téléthon et puis beaucoup d’amis m’en ont parlé aussi. Je me suis donc connectée sur le site et je l’ai trouvé bien : savoir en un clic quels lieux sont accessibles dans une ville, c’est bien mieux que de compulser 36 000 guides. Par contre, je vois beaucoup de sympathisants sur le site qui ne se rendent pas compte que si ils inscrivent un lieu où les toilettes ne sont pas accessibles, c’est quand même beaucoup plus difficile à vivre. L’accessibilité c’est un tout : c’est pouvoir se garer, pouvoir cheminer, accéder aux prestations dans de bonnes conditions mais aussi les sanitaires. En France, on a peur de parler des sanitaires, alors que c’est le B.A. BA de la vie ! Enfin, il n’y a pas que ça non plus ! C’est vrai que je vais aussi dans des restaurants où les toilettes ne sont pas accessibles, et donc je prends mes précautions avant , je ne suis pas une « puriste » non plus, mais c’est vrai que c’est important.

Dans tous les lieux que vous avez et allez référencer, avez-vous un lieu de prédilection ? 

Quelque part, tous les lieux que j’ai inscrit jusqu'à présent sont mes lieux de prédilection. Je suis sûre de l’accessibilité et de l’accueil car je les connais bien. Par exemple, ma plage a un tiralo : c’est une plage de galets, donc il faut descendre et remonter sur les galets. A marée basse avec le sable, ce tiralo permet de descendre aux bords de l’eau, sentir l’iode…On a des sensations extraordinaires. Après libre à chacun d’aller dans l’eau ou pas. Mais c’est un grand bonheur pour moi . Il faut oser y aller, et ce n’est pas si dur que ça de descendre les galets. Les maitres nageurs et les gens sur la plage sont toujours prêts à donner un coup de main. En plus, le tiralo est très fiable : on peut descendre et remonter relativement facilement. 

Vous allez souvent au ski ? 

Oui, c'est mon deuxième grand bonheur : le ski dans mon village savoyard. D'ailleurs, je tire mon chapeau aux montagnards ! Je trouve ça très audacieux et très généreux de nous emmener en tandem-ski . Ils me prennent totalement en charge : on descend des pistes noires, c’est là encore des sensations extraordinaires d’être avec les autres, de découvrir la montagne, de skier avec ses amis, à la même vitesse, et de voir cette très grande générosité de ceux qui vous aident. L’association Handicap Altitude a réussi par le biais de petites manifestations de collecte de fonds et des subventions à acheter du matériel. Sur Les Saisies et Arêches-Beaufort, le matériel est gracieusement prêté aux écoles de ski. L’association a aussi pris en charge la formation d’un moniteur de l’Ecole de Ski et dès qu’elle reçoit de nouveaux fonds, elle achète du matériel. Dernièrement, elle a acheté une « joëlette » (sorte de petite chaise à porteurs avec une roue) ce qui permet de prendre des sentiers de montagne un peu difficiles. 

Pour conclure cet entretien, avez-vous un message à faire passer aux Jaccédeurs ? 

Oui. Il faut aller vers les élus, les booster, on a la loi de février 2005 mais il faut montrer qu’on est là, qu’on en veut, et qu’on ne doit pas attendre 10 ans pour faire appliquer la loi. Plus il nous verront, plus ils feront diligence . Il ne faut pas être une minorité silencieuse, il faut se faire entendre !

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